L’histoire de Campasak
Le 11 juin 2007, par Charles Archaimbault
Selon une légende tirée des annales royales khmères, en l’an 1 de l’ère bouddhique, un roi cam et sa cour auraient fait naufrage au pied des monts « Danrek » et se seraient installés au voisinage de « Kok Thlok ». Par la suite, « Pràh Thon », fils du souverain d’« Intakpath », chassé par son père émigra en ce lieu et, à la suite d’un différend, chassa les Cam qui se réfugièrent à « Cambasâk »...
En l’an 500 de l’ère bouddhique, un roi des Cam descendit du Laos et força Pràh Thôn à reculer jusqu’à « Nokor Râè Semà », mais ce dernier contre-attaqua et le défit.
Une légende plus précise indique qu’un roi cam qui vivait à « Ankor Boréi » fut dupé et chassé par « Pràh Thôn ». Il se réfugia à Câmpasâk puis, avec une armée lau, il descendit attaquer « Pràh Thôn ». Vaincu, il fut obligé de céder à « Pràh Thôn » la moitié de son territoire. À sa mort, il légua ses possessions à son fils « Eysor Nives » qui devait par la suite périr de la main de « Nan Sak Kraop », la fille du roi de « Cambasâk ». Cette dernière s’empara alors du trône.
Pendant longtemps, les historiens considérèrent ces légendes comme dénuées de tout fondement, les Kambuja apparaissant comme les premiers habitants historiques de Basâk-Câmpasâk. « La phrase initiale de l’histoire du Tchen-la », écrivait en 1946 M. Dupont, « est marquée par deux noms royaux Çrutavarman, puis Çresthavarman né à Jayâdityapura, roi dans Çresthapura. Cette localité correspond à Vat Ph’u et le territoire attenant correspond au Bassac. Or ces vues basées sur des documents épigraphiques e les annales chinoises viennent d’être révisées par M. Coedès qui parvint récemment à déchiffrer ‘la plus vieille inscription de Vat Phu’ : la stèle de Huei Sa Hua. Cette inscription dont ‘le style et la composition diffèrent en tous points de ceux des inscriptions du Founan comme de ceux des plus anciennes inscriptions du Cambodge préangkorien’ atteste que le roi Maharajadhiraja Criman Chri Devanika vint d’un pays lointain à « l’appel de la divinité du Lingaparvata (la montagne de Vat Phu) pour consacrer un nouveau tirtha –bassin sacré- au pied de la sainte montagne’. Dès lors, on peut supposer qu’au Ve siècle, la région de Basak était sous la dépendance d’une « dynastie que certains indices tendent à faire considérer comme régnant au Champa ». Dans la seconde moitié du Ve siècle, sous le règne du roi Devanika, ou d’un de ses successeurs, les rois kambuja nommés Crutavarman et Crestahavarman —dont le royaume situé au Sud des Danrek et dans la vallée du moyen Mékong, en aval des chutes de Khôn était un vassal du Founan— entreprirent d’étendre leur pouvoir sur la région située au Nord des Danrek. L’installation sur le Lingaparvavata , la Montagne de Vat Phu, du culte de Bhadrecvara… marque vraisemblablement leur victoire sur les Cham et l’occupation du pays de Basak-Champasak ». (…)
Post-Scriptum :
« L’histoire de Campasa »k
Par Ch. Archaimbault,
Journal Asiatique, 1961, T 249, 4. pp. 519-595