Say-Fong, une ville morte
Le 6 octobre 2006, par Georges Maspero
Vieng-Chan n’est plus aujourd’hui qu’un gros village : une centaine de cases laotiennes, quelques boutiques chinoises, une douzaine de pagodes ruinées, envahies par les herbes et desservies par quelques bonzes fainéants ; rien n’y rappelle, aux yeux du passant, la ville glorieuse qu’elle fut autrefois, la capitale guerrière où des rois conquérants avaient entassé, au long des siècles, richesses et butins.
Mais si, quittant les sentiers battus, le voyageur pénètre dans la forêt environnante, il se heurte, à chaque pas, à de nouvelles ruines : le sol est jonché de briques ; partout des pagodes aux toitures écroulées, des chedi éventrés que des arbres énormes enserrent de leurs racines, de larges chaussées pavées, des bibliothèques à clochetons multiples et, enfoncées jusqu’au cou, des centaines de statues du Buddha, en bronze, en bois, en pierre, en brique, de toutes tailles, assises, debout, couchées ; tout cela caché sous la forêt épaisse, qui a poussé drue et vivace, soutenant parfois un mur branlant, un chedi chancelant, défendant l’approche de ces ruines par des brousses épineuses, ses lianes aux mille bras, ces rotins hérissés. Puis, des remparts solidement bastionnés, un large fossé d’une vingtaine de mètres baignant leur pied, des rizières ; et la forêt recommence avec les mêmes ruines, les mêmes statues couvertes d’inscriptions, les mêmes chaussées défoncées, des kilomètres durant.
Post-Scriptum :
Say-Fong, une ville morte
par M. G. Maspero, administrateur des services
In BEFEO III,1, 1903 :1-17 carte (Extrait, p. 1)