Le 4 octobre 2006, par Henri Parmentier
Le temple de Vat Phu [1], la pagode de la montagne, est le dernier monument important élevé au N. par l’empire khmèr. En dehors de cette raison même, ses dispositions particulières et la beauté de sa sculpture en certains points appellent une description spéciale.
Seul de tous les édifices cambodgiens importants, le temple de Vat Phu est construit au flanc d’une montagne qui le domine de toute sa hauteur, et immédiatement même par une falaise d’une cinquantaine de mètres. Semblable à ce point de vue au Prah Vihàr, le monument s’étend en longueur : il s’élève doucement d’abord, puis brusquement suivant les pentes mêmes du terrain (pl. II). Jusqu’au point précis où le sol commence à monter, un srâh important le précède. De la terrasse qui borde celui-ci à l’O. part une chaussée en pente légère : elle passe entre des bassins aujourd’hui comblés et aboutit à une esplanade, presque fermée en arrière. Celle-ci a reçu deux vastes quadrilatères de galeries qui dressent sur l’avenue centrale de calmes façades. La chaussée reprend ensuite et file, entre deux terrasses longues qui dominent les terres voisines : elles furent couvertes de portiques légers. Deux groupes de porteries les interrompent ; seule celle du S. du groupe antérieur conduit à un édifice, en grès, suite de salles s’allongeant dans le sens N.-S.
L’avenue finit à un escalier qui marque le début des pentes plus rapides ; il franchit un groupe de trois soutènements que couvre une terrasse en croix. Son bras central conduit à un nouveau perron enfermé entre deux édicules à jour, abri probable de dvârapâlas. Celui-ci donne accès à une rampe assez rapide qui conduit à son tour à un nouvel escalier à trois volées, caché par un grossier emmarchement d’une seule venue. Ce triple escalier accédait à une terrasse étroite qui s’allongeait au pied des soutènements principaux ; elle est occupée par six templions de briques alignés sur un seul rang ; sur son axe deux petites terrasses décoratives à la suite l’une de l’autre conduisent au pied même du monument. Au-dessus s’étagent sept gradins formés de murs de latérite de plus de deux mètres, que franchissent sept escaliers. Au sommet s’élève l’esplanade du sanctuaire que relève une légère terrasse, parvis du temple. Quelques édifices moins importants accompagnent le bâtiment principal, tandis qu’une galerie fort ruinée le domine ; elle s’allonge au pied de la falaise d’où sort une source vénérée.
Cet ensemble ainsi décrit dans ses grandes lignes, nous allons en reprendre chaque partie en détail, étudier successivement ses dispositions, sa décoration, son rôle et les particularités de sa construction.
Le bassin antérieur (pl. II), parallélogramme très allongé de l’E. à l’O., n’est pas tracé suivant la même orientation que le temple, et son axe propre est rejeté au N. Ses angles sont biais au voisinage de la terrasse perpendiculaire à l’avenue, et cette disposition suggère un raccord postérieur entre ce bassin et cette terrasse ; il est d’ailleurs beaucoup moins profond dans cette partie et y est aujourd’hui complètement atterri. II fut autrefois entouré de gradins ; les deux du haut sont en grès, les autres en latérite. Ils ne sont plus guère distincts que sur la face occidentale ; celle-ci s’allonge au-dessous de la terrasse : en son milieu est un de ces perrons que l’on considère, à tort ou à raison, comme des embarcadères ; rien de semblable n’ y correspond sur la face opposée E. et les côtés longs semblent seulement relevés par les déblais du bassin, en une largeur plus grande peut-être à l’extrémité opposée à la montagne. Ce srâh est longé au N. par un quadrilatère de levées de terre [2] qu’accompagne de l’autre côté un nouveau bassin, profond celui-ci, enfermé entre des gradins de latérite [3].
L’accès du monument semble s’être fait par une chaussée importante qui, venant de la plaine, adopte une partie de ces remblais et aboutit suivant son axe à la terrasse par son extrémité N. Elle est aujourd’hui profondément coupée en maints endroits par des affouillements dus aux torrents de la montagne : ils ont fait ainsi disparaître jusqu’aux dernières traces des ponts ou des passages souterrains qui purent leur livrer passage. Cette chaussée n’a pas sa symétrique au S. ; mais un remblai qui semble avoir joué le même rôle aboutit de ce côté aux décombres d’une porterie de briques, entrée probable de l’esplanade latérale sur laquelle donnaient la façade postérieure du palais S. et l’édifice isolé.
[1] F. Garnier, Voyage d’exploration en Indochine, I, 185 ; Harmand, Annales de l’Extrême-Orient, 1, 332 ; De Carné, Voyage en Indochine et dans l’Empire chinois, in-16, Paris, Dentu, 1872, p. 87 ; Aymonier, Cambodge, II, 158 ; Barth, Stèle de Vat Phu, BEFEO, II, 235 ; Finot, Vat Phu, ibid., 241 ; De Beylie, L’Architecture hindoue en Extrême-Orient, p.111 ; Lajonquière, Inventaire descriptif des monuments du Cambodge, II, p. 75 ; Parmentier, Complément à l’Inventaire descriptif des monuments du Cambodge, BEFEO, XIII, I, p. 51.
[2] On trouve sur la levée un nàga de pierre qui paraît provenir du temple, et dans l’angle S.-O., un tertre de terre et de matériaux en réemploi dont le sens nous échappe.
[3] Ce bassin (pl. II) ne parait pas avoir fait partie des dépendances directes du temple.