Le 3 septembre 2009, par Michel Lorrillard
Cet article s’intéresse à l’origine des écritures lao, en prenant pour base les plus vieilles inscriptions retrouvées au Laos.
L’étude de leurs graphies et de leurs systèmes de notation est placée dans le contexte de l’histoire des écritures tai en Asie du Sud-Est, qui demeure très controversée. Les résultats de recherches de terrain menées au Laos et dans le Nord-Est de la Thaïlande révèlent que l’apparition des écritures lao est étroitement liée à la diffusion de la culture du Lan Na et plus particulièrement du bouddhisme. L’inventaire récent du corpus épigraphique permet de mieux percevoir la façon dont les écritures, laïque et religieuse, se sont propagées dans l’ancien royaume du Lan Xang – et de comprendre les modalités de leur développement.
La parenté des écritures du Laos avec les autres écritures régionales a été reconnue dès les premières études historiques sur le pays à la fin du XIXe siècle. Le père Schmitt, qui publie en 1898 un corpus de trente et une inscriptions sur stèle présentées comme « thaïes », associe sans aucune difficulté les documents qui ont été trouvés dans le nord de la Thaïlande — en particulier à Sukhothai et à Chiang Mai — à un ensemble de six textes épigraphiques relevés à Luang Prabang. Il note toutefois une particularité : alors que deux de ces inscriptions appartiennent par leur graphie au modèle dit de « Sukhodaya » (Sukhothai), quatre autres, plus récentes, seraient liées par leur écriture à un modèle birman. (…)