Le 22 septembre 2006, par Louis Finot
J’ai publié il y a douze ans [1] une inscription sanskrite trouvée à Say-Fong (Laos) par M. Georges Maspero et contenant un édit de Jayayarman VII pour la fondation d’un hôpital (1108 ç. = 1186 A.D.). Peu après, une note de M. Barth signalait l’existence de 7 répliques du même édit et en donnait les variantes [2]. Par là était acquis un fait des plus intéressants : l’institution d’un véritable système d’assistance médicale dans l’empire cambodgien du XIIe siècle.
La dotation des hôpitaux n’ayant pas été partout exactement la même, le dispositif de l’édit n’est pas identique dans toutes ces rédactions : il n’est pas non plus différent dans chacune d’elles. La collation de M. Barth a révélé l’existence de 3 types :
I
M. Say-Fong (Laos, commissariat de Vieng Chan)
S. Chean Chum (Cambodge, province de Treang)
S. Ta Ke Pong (Cambodge province de Battambang, près de Baset)
U. Chayaphoum (Laos siamois, monthon Korat, ampo Chavaphum, Vat Ku)
V. Nom Van (Laos siamois, monthon Korat, murang Korat)II
X. Ta Mean Toch (Laos siamois, monthon Isan, murang Suren)
Y. Khonburi (Laos siamois, monthon Korat, murang Korat)III
Z. Ban Pakham (Laos siamois, monthon Korat, murang Buriram)
M étant pris comme base, S, T, U, V (type I) ont une teneur exactement pareille ; X et Y (type II) substituent à M. XX-XXLI, 20 çlokas différents ; Z (type III) a en commun avec M les faces A et B : la face C est en blanc et la face D, réduite à 4 çlokas, correspond, avec de fortes différences, à M. XXXVII-XLI.
La présente note a pour but de signaler la découverte, en 1914, d’une nouvelle expédition de l’édit à Kuk Roka, ruine située à env. 12 kil. au S. de Kompong Thom, dans le khum Srayau [3]. Elle est du type I et constitue une réplique exacte du texte de Say-Fong : comme celui-ci, le texte de Kuk Roka est écrit sur les quatre faces d’une stèle, dont chacune porte respectivement 24, 24, 24 et 26 lignes. À part quelques écaillures de la pierre, il est complet et, comme tous les autres exemplaires, parfaitement gravé.
Il est intéressant de trouver à l’Est du Grand Lac, une nouvelle maille de ce réseau hospitalier que Jayavarman VII avait étendu sur tous ses États. Des 9 hôpitaux connus jusqu’ici, 7 se trouvent à l’Ouest du méridien d’Angkor, aux environs de Korat, Battambang, Suren, Vieng Chan. Deux seulement sont situés à l’Est de cette ligne, tous deux sensiblement sur le même méridien : l’un au S. vers Takéo, l’autre au N., à Kompong Thom.
Par ailleurs, la nouvelle stèle n’apporte rien de nouveau : elle contient, il est vrai, quelques passages qui manquent dans celle de Say-Fong ; mais ces lacunes avaient déjà été comblées à l’aide des autres versions. Néanmoins il ne sera pas inutile de compléter le dépouillement des doublets de Say-Fong en collationnant le nouveau texte, que nous désignerons par R, avec M, sigle choisi par M. Barth pour le texte de Say-Fong. Je profiterai de cette occasion pour rectifier les fautes de lecture ou de traduction qui se trouvent dans l’édition de ce dernier texte précédemment publiée par le Bulletin. Au lieu du simple frottis qui m’avait servi pour cette publication, j’ai eu cette fois à ma disposition un véritable estampage pris à mon passage à Say-Fong en 1914 [4].
Dans ce qui suit, les leçons précédées de R sont celles de la stèle de Kuk Roka ; celles qui sont dépourvues de toute indication sont les lectures ou les interprétations correctes à substituer à celles de l’édition primitive, et dont la plupart ont déjà été données par M. Barth ou - en ce qui touche les identifications de plantes – par le Dr P. Cordier (BEFEO., III, 466).
[1] L’inscription sanscrite de Say-Fong. BEFEO, III, 18.
[2] Les Doublets de la stèle de Say Fong. Ibid., III, 460. Celui de Chean Chum avait déjà été signalé par Bergaigne, qui en avait parfaitement reconnu l’objet (J. A. 1882. I, p. 142).
[3] H. Parmentier, Complément à l’Inventaire descriptif des monuments du Cambodge, (BEFEO, XIII, 1, p. 34), signale, d’après le lieutenant Marec, chef de la 2e brigade topographique, les restes d’une tour en gros blocs de latérite qui n’abrite aucun vestige, au lieu dit Prasat Roka, situé au Sud de la route coloniale n° 4 à 12 kil. de Kompong Thom, au sommet d’un triangle droit isocèle dont l’hypothénuse s’étendrait de Kompong Thom à Kah Kôh. Ce moment est sans aucun doute celui où a été trouvée la stèle dont nous parlons. On y a trouvé également un bas-relief des Neuf Devas. Stèle et sculpture sont aujourd’hui au Musée de Phnom-Penh.
[4] L’emplacement de Say-Fong n’est plus marqué aujourd’hui que par quelques That de brique croulants et deux stèles laotiennes ; la stèle cambodgienne a été transportée un peu en aval, au village de Ban Si Than (rive gauche), où elle a été plantée en terre devant un autel de la pagode de Vat Kôk Sai.